Guarnerius
Guarneri del Gesù
luthier et magicien


Chatoiement, rondeur, densité… Félinité, équilibre, pureté… Transparence des aigus, présence de la nuance la plus infime sur tout le spectre… Plus rare, et plus cher encore qu'un Stradivarius, le Guarnerius del Gesù (75 exemplaires dans le monde contre 400 Stradivarius) est bien plus qu'un instrument de musique. Capable de produire une inépuisable succession de grâce, d'élégance et de miracles sonores, ce violon est un objet d'art à lui tout seul. Une oeuvre d'art qui transcende les chefs d’œuvres de la musique.


L'École de Crémone

Seul luthier à réchapper de la peste et de la famine qui sévissent entre 1623 et 1633 à Crémone, Nicolo Amati forme à son art Andrea Guarneri (1626-1698) et Antonio Stadivari (1644-1737), qui transmettront à leur tour leur génie à leur descendance.

Pietro Guarneri (1655-1720) est le fils d'Andrea Guarneri et l'oncle de del Gesù. Il a été formé dans l'atelier de son père avec son frère Guiseppe, dit Filius Andreas (1666-1739). Il quitte Crémone pour Montua où il entame une carrière de violoniste mais ses talents de luthier reprennent vite le dessus. Il a fabriqué une cinquantaine d'instruments.

Le surnom "del Gesù" donné à Guiseppe Guarneri (1698-1744), neveu de Pietro et petit-fils d'Andrea, vient de la croix et des initiales IHS dont il ornait les étiquettes imprimées de ses violons. En grec, ces initiales forment l'abréviation de Jésus. Ils constituent aussi l'acronyme de Iesus Hominum Salvator (Jésus le sauveur des hommes). En estampillant de la sorte ses instruments, Giuseppe pouvait laisser penser qu'il était un homme d'une grande piété. D'où la particule "del Gesù" (de Jésus) que l'on accola à son nom. Mais aujourd'hui, les historiens de la musique estiment que cette <signature> est davantage la marque d'une distinction revendiquée, face au travail de ses pairs, que l'expression d'une ferveur particulière. À la différence du travail d'atelier de Stradivarius, son contemporain et collègue de Crémone, Giuseppe Antonio del Gesù travaillait uniquement à la demande, selon les critères de celui qui lui commandait un instrument.

Les plus beaux violons


Chaque violon porte un nom, imaginé par le luthier ou donné par son propriétaire.
Ainsi, le King Joseph (1737) est l'un des instruments les plus fameux de Guarneri del Gesù. Il a commencé sa carrière en Italie avant de gagner l'Angleterre. C'est le premier Guarnerius à avoir conquis l'Amérique.

Le Kochanski (1741) est protégé par un vernis d'un rouge profond et demeure dans un parfait état de conservation. Resté muet jusqu'en 1958, il a été acquis par M. Rosand qui l'a continuellement utilisé. Il n'a jamais été restauré.

Il Canone (1742) fut la propriété du célèbre virtuose Niccolò Paganini, qui le trouvait trop puissant, trop difficile à maîtriser. L'instrument est actuellement propriété de la ville de Gênes. Le lauréat du célèbre concours Paganini a, aujourd'hui encore, l'immense privilège de pouvoir l'utiliser.

Le Lord Wilton (1742) a appartenu à Lord (Yehudi) Menuhin, en même temps que le Soil de Stradivari. Il n'était pas rare qu'un même propriétaire possédât deux violons des Maîtres de Crémone.

Le Sauret (1740 ou 1744) est une pièce exceptionnelle, notamment pour la beauté de son dos. Il porte le nom de son propriétaire, Émile Sauret, qui disait le préférer à son Stradivarius. Une incertitude demeure quant à sa date de fabrication. Itzhak Perlman a acquis ce violon en 1986.

Le <sorcier> Paganini au son d'Il Canone


Le violoniste et compositeur Niccolo Paganini (né à Gênes en 1782) a suscité un véritable envoûtement et enthousiasmé l'Europe entière. Au violon, Paganini savait se jouer des difficultés les plus acrobatiques, si bien que ses dons étaient tenus pour <surnaturels>. Sa silhouette méphistophélique et le halo de mystère dont il s'entourait nourrissaient la légende d'un pacte noué avec le diable. Paganini ne se séparait jamais de son violon, un Guarnerius del Gesù, cadeau d'un négociant ébloui par la magie de son talent.
À 46 ans, lorsque Paganini se décide à quitter son pays natal, il laisse à Milan, aux bons soins de son ami et banquier Carlo Carli, quatre violons (dont deux Stradivarius), une guitare napolitaine et deux altos: un Antonio et Girolamo Amati de 1602 et un Andrea Guarnerius de 1675. Il n'emporte que son Guarnerius del Gesù, qu'il a baptisé Il Canone (1742) en raison de sa puissante sonorité.
Paganini a poussé la virtuosité violonistique jusqu’aux extrêmes limites, déchaînant partout où il passait un enthousiasme indescriptible. Sa personnalité démoniaque et son magnétisme subjuguèrent tous ses publics. L’originalité de ses oeuvres inspira Chopin, Liszt, Schumann, Brahms ou Rachmaninov. Avec ses vingt-quatre Caprices pour violon, il aborda véritablement la composition. Il possédait un Guarnerius del Gesù, lequel a fini sans doute, à son tour, par le posséder.

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